Cet article si longtemps retardé je l’ai promis depuis bien plus longtemps encore à Eppo Dekker. Retenez bien ce nom car il en sera le fil rouge. Mais pour commencer, laissons ce couturier berlinois d’origine néerlandaise se présenter lui-même.
« J’ai toujours vu la mode comme une forme d’art, c’est pourquoi je préfère les pièces uniques, à la lisière des possibilités conceptuelles, bien au-dessus des vêtements quotidiens, pour ne pas dire commerciaux, auxquels nous sommes habitués. Pour moi, la mode est un moyen de communiquer à travers ma conception affective et esthétique du travail bien fait. L’élan artistique de mon travail se retrouve dans chaque pièce, toutes uniques et travaillées avec une attention particulière aux détails. Je conçois mes vêtements de manière impulsive , quasi expérimentale, avec l’idée d’une permanente évolution. »
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Avant d’entrer dans le vif du talent d’Eppo, une petite précision quant à la « Haute-Couture ». Si l’on se fit au statut de la chambre syndicale, la « Haute Couture » est une appellation française, juridiquement protégée, dont ne peuvent se prévaloir que les entreprises figurant sur une liste établie chaque année par une commission siégeant au Ministère de l’Industrie, et qui fait l’objet d’une décision ministérielle. Les maisons de Haute Couture postulantes doivent répondre à un certain nombre de critères (travail réalisé à la main dans les ateliers de la maison, nombre d’employés, nombre de modèles, participation à un quota de grands défilés, utilisation d’une certaine surface de tissus, etc.) En gros, ce format chic et choc n’est accessible qu’aux sociétés ayant les moyens de se l’offrir. Seulement 12 pour l’année en cours, dont Chanel, Dior, Givenchy, Jean-Paul Gaultier… Pour autant, et au delà d’un savoir faire artisanal incontournable, la Haute Couture est aujourd’hui avant tout une vitrine de luxe pour vendre du produit dérivé.
Auparavant, les clientes commandaient leurs robes et le tailleur exécutait. Avec le concept « Haute Couture » apparu au début du XXème siècle, elles choisissent un modèle dans une collection saisonnière renouvelée deux fois l’an : Printemps/Eté – Automne/Hiver, et éventuellement le tissu si la coupe permet d’en moduler la préférence. Chaque pièce est unique, faite sur mesure et numérotée.
Est-il donc possible de faire de la Haute Couture sans avoir les moyens de s’en offrir l’appellation ? Sur le fond, oui. C’est ce que fait Eppo Dekker, c’est à dire une présentation de modèles régulièrement mis à jour, et réalisables sur mesure dans toutes les tailles et multiples choix de tissus. Ce n’est donc pas de la Haute Couture, moins encore du prêt-à-porter mais du Prêt-à-couture, nom de sa boutique au 87 Grünbergerstrasse – Friedrichshain. Et lorsque, par hasard, je suis passé devant la vitrine, un modèle m’a sauté au visage. Petite robe noire surpiquées de roses rouges. Une pure merveille de finitions où les fleurs taillées dans le tissu ont été « plantées » sur la robe sans apparence d’aucune couture. On a l’impression que les roses poussent sur le tissu. Un savoir faire remarquable nourri de 4 années d’études à l’école de mode de Den Haag (La Haye), équivalent néerlandais de la Saint Martins School of Art de Londres qui forma John Galliano, feu Alexander Mc Queen, et bien d’autres.
Le style d’Eppo Dekker est nourri du verbe « oser » et c’est une qualité de génie. Les coupes se tiennent dans un élan de fluidité remarquable. Elles assouplissent les corps rigides et raffermissent les moins altiers. Il me souvient d’un sculptural pantalon noir taille haute qui semblait vivre parmi d’autres modèles, toujours très épurés, permettant certaines fantaisies qui font la création sortir de son carcan « petit bourgeois ». Le Prêt-à-couture d’Eppo Dekker efface le dérisoire d’hier en inventant l’illusoire de demain.
Les prix vont en moyenne de 12 € à 150 € pour les accessoires – du petit bijou fantaisie à la capeline. En ce qui regarde les vêtements, il faut compter entre 150 € et 800 € – Je rappelle qu’il s’agit de pièces uniques sur-mesure quasi indémodables. Quant aux commandes exceptionnelles, type robe de mariée, comme en Haute Couture elles n’auront de limite que vos exigences, c’est à dire votre imagination.
Dire aussi que la maison coupe pour les hommes et travaille avec des tissus Haute Couture rachetés aux plus grands studios : Christian Lacroix, Jean-Paul Gaultier, Givenchy…